Ce blog est essentiellement consacré à l'actualité, l'économie et la politique africaine. Je publie les articles rédigés par tout le monde, du moment qu'il a un rapport direct avec l'Afrique.
discrimination . Une cinquantaine d'organisations rassemblant des citoyens originaires d'Afrique ou des Antilles a créé un conseil représentatif.
Un pigment les fédère, ce qui est une première. Samedi, dans une salle empruntée aux sous-sols de l'Assemblée, une cinquantaine d'organisations ont enfanté le CRAN - Conseil représentatif des associations noires - et ont annoncé la couleur. Celle de l'ébène. Celle d'une histoire passée sous silence. Celle qui continue de subir les discriminations en dépit des idéaux qu'affiche la République. « On ne peut plus se cacher derrière les grands discours d'égalité », a ainsi expliqué Patrick Lozès, instigateur de la démarche et nommé président de la fédération nouveau-née. « La vérité, c'est qu'à mesure que l'on pénètre la société, la diversité n'existe plus », poursuivait-il. Où sont les Noirs, parmi les dirigeants politiques ? Où sont les Noirs, parmi les dirigeants d'entreprises ?
Sans feindre la naïveté, les questions contenaient les réponses. À ses côtés, à la tribune, des personnalités politiques, sportives, artistiques. Seule femme à y siéger, Eugénie Diecky, ex-directrice des programmes de la radio Africa nº 1, à Libreville, développait : « En France, parce que l'on a la peau noire, nous avons peur de nous exprimer, de prendre le métro ou de demander un logement. J'aimerais que ma peau soit synonyme de lumière, d'intelligence, de progrès et de solidarité. »
Si la réalité des discriminations n'est pas neuve, ces derniers mois lui ont donné encore plus de corps. « En septembre, des gens brûlaient dans les hôtels. Tous étaient des Noirs », rappelait ainsi Fodé Sylla. L'ancien président de SOS Racisme poursuivait le décompte : « En octobre, des enfants congolais étaient contraints de se cacher pour ne pas être expulsés. » Et en novembre, « on expliquait que les mères africaines enfantaient des incendiaires pour cause de polygamie ». Bref, « la République montre ses failles », estimait-il. « Nous ne voulons plus raser les murs », concluait Patrick Lozès, qui entend faire du CRAN un outil pour endiguer le décalage « entre les réalités de la rue, où vivent plusieurs millions de Noirs, et ce qui se passe dans les institutions ».
Le CRAN se fixe donc un double objectif : lutter contre les discriminations « ethno-raciales » et se battre contre l'oubli, qui fait de l'esclavage un élément négligé de l'histoire de France. « Les récentes déclarations de Finkielkraut ne sont que l'écume de la vague, expliquait Stéphane Pocrain, ancien porte-parole des Verts. La vague, c'est cette idée, répandue, qui laisse croire que la France nous a civilisés. »
Un « nous » que tous entendaient assumer. Souvent répétés, le terme « communautarisme » n'était, samedi, ni rejeté ni revendiqué. « Je ne sais pas ce qu'est la communauté noire. Mais je sais ce que c'est qu'être noir, poursuivait ainsi Stéphane Pocrain. En prenant la parole au nom de notre couleur, nous ne nous battons pas contre l'universel, nous l'interpellons et affirmons qu'il n'est pas uniquement blanc. » De la même manière qu'il n'est pas uniquement masculin, notaient certains, comparant ce mouvement à celui des féministes. Et de relever une contradiction : « Lorsque nous ne nous défendons pas, on nous reproche notre passivité. Lorsque nous nous organisons, on nous taxe de communautarisme... » Articuler le « tous égaux » avec l'affirmation d'une singularité : c'est la visée affirmée par le CRAN.
Marie-Noëlle Bertrand
Article paru dans l' édition du 28 novembre 2005 .